Cabinet de curiosités #2

Le cabinet de curiosités est un espace que nous avons co-construit avec Frédéric Galliano pour la galerie Valérie Eymeric. Si à l’origine cet espace servait de stock à la galerie, nous souhaitions en faire un espace d’exposition à part, plus intimiste, plus chaleureux qu’un désormais traditionnel « white cube ». Cet espace serait un moyen de renforcer l’engagement de madame Eymeric pour la création contemporaine en présentant, sous forme d’exposition de groupe, des artistes alors jamais présentés par la galerie. Le cabinet de curiosités s’est construit pour les artistes mais aussi pour les publics en proposant régulièrement des voyages au coeur de pratiques artistiques riches et variées. 

Par delà le merveilleux et l’amusement, c’est une vision du monde et parfois même de ses mystères qui se niche à l’étage. Le cabinet de curiosités s’expose alors à quiconque en franchit le seuil. Il s’agit pour nous aujourd’hui, de réactiver, de reconstituer un monde externe et de repenser une intimité, des souvenirs, forcément sublimées. Pas de statuettes exotiques ou d’animaux empaillés, pas de crâne ou de papillon, le cabinet de curiosités amène finalement le visiteur à s’extasier devant la splendeur de ces curiosités contemporaines, extraites du vaste monde des oeuvres et embellies dans une confrontation singulière.

SESSION #2 L’IMPERMANENCE INHÉRENTE À LA VIE

INFOS

Exposition de groupe présentée du jeudi 08 Septembre au samedi 26 Novembre 2022 au premier étage de la Galerie Valérie Eymeric. // 33 Rue Auguste Comte, 69002 Lyon.

Avec : Hannaka, Albane Hupin, Emmanuelle Leblanc et Capucine Vandebrouck

C’est sous ce titre en référence à « La perfection inhérente à la vie » d’Agnès Martin que s’ouvre la deuxième session du Cabinet de curiosités de la galerie Valérie Eymeric. Au travers des œuvres de quatre artistes françaises, cette nouvelle exposition intime explore différents aspects de l’impermanence inhérente à la vie de différentes façons. Fugacité et fragilité des transferts d’images sur plaques de plâtre de Capucine Vandebrouck, traces du temps qui passe dans les papiers moisis et tableautins macérés d’Albane Hupin, captures photographiques de mémoire du temps chez Hannaka, espaces vibrants et mouvants des peintures à l’huile d’Emmanuelle Leblanc, autant de formes qui illustrent ce qui est l’essence même de notre condition humaine, cette impermanence inhérente à la vie.

Frédéric Galliano

Hannaka est née et travaille en France. Elle étudie à l’école Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris, dans l’atelier de Jean Michel Alberola, d’où elle obtiendra son diplôme en peinture avec lesfélicitations du jury à l’unanimité, soutenue par Jean Michel Alberola et Shirley Jaffe. Après plusieurs expositions de ses peintures et installations, la photo va devenir son moyen d’expression principal. Abordant celle-ci avec ses concepts picturaux, sa recherche (le mouvement, la vie, la trace, la matière) ainsi que le résultat qu’il en découle, sont un dialogue permanent entre la photographie et la peinture. Dans ces derniers travaux,l’artiste mèle à ses photos, l’installation et lavidéo. Elle travaille dans un premier temps avec la galerie Du Fleuve à Paris, puis à partir de 2012, elle travaille en collaboration avec la galerie Depardieu à Nice et la galerie Rigassi à Bern et expose, soit pour des expositions personnelles soit collectives dans leurs galeries ainsi que dans différents salons d’art contemporain, AAF Paris, Kunts Zurich, Art Karlsruhe en Allemagne,Photofever Paris, etc.

Ma pratique parle de mondes vivant et en mouvement, en perpétuelle formation, que ce soit de façon littérale ou dans les processus de fabrication de façon plus globale. La série Mycellea est entamée en 2016 avec des feuilles de papier à dessin laissées à moisir sous du bois devant l’atelier. En 2021, des chutes de papier d’impression photographique sont déposées dans le jardin de novembre à juin pour une nouvelle moisson de Mycellea. Un hiver et un printemps s’imprime ainsi sur les feuilles. La série Variation ( autour d’un pli) est constituée de toiles teintes et sérigraphiées avec un seul motif, celui d’un pli d’un tableau pré-existant. Décliné en deux tailles , le motif reproduit se répète ou se fragmente d’un tableau à l’autre. Les toiles teintes deviennent le sujet de la série La Conservation de la Matière en cours depuis 2019. La Conservation de la Matière, c’est le fameux principe énoncé par Lavoisier « rien ne se perd, rien ne se crée tout se transforme ». Ce sont des photographies de détails de mes toiles qui sont alors en séchage dans l’atelier après être sorties des bains de teintures. Ces toiles seront ensuite tendues sur châssis pour devenir tableaux. Dans cette attente, le processus de création de l’œuvre devient œuvre lui-même. La série des Tellus nait d’expérimentation dans l’atelier de réactions entre différents matières de teintures que j’utilise. Ainsi, des états de matériaux et de matières, laissés à leur propre évolution dans une certaine temporalité, sont fixés à un moment donné, le processus est arrêté, avant d’être transformés à nouveau dans un mouvement continu.

Albane Hupin

La peinture d’Emmanuelle Leblanc évolue vers un minimalisme sensible qui tend à prolonger les traditions du Color Field Experience. Délicates ou profondes, les variations de couleurs de la série des Diffuses proposent une forme de synthèse atmosphérique abstraite d’espaces, de moments ou d’images traversées par la mémoire. L’immatérialité des surfaces fait oublier la main de l’artiste pour livrer une expérience sensorielle et méditative. Leur nature labile, due en partie à l’usage de coloris composites et matamères nous renvoie à notre propre impermanence perceptive.

Capucine Vandebrouck délègue bien souvent le faire au profit du laisser-faire, en faisant appel au temps et à l’attention portée aux choses, valeurs qui se trouvent être de plus en plus rares et déconnectées de notre société tournée vers l’instant et le futur proche. Capucine Vandebrouck a été lauréate en 2019 du prix Talents Contemporains de la Fondation François Schneider à Wattwiller. Ses œuvres ont été présentées dans de nombreuses expositions de groupe et individuelle, entre autre au MAMAC à Nice, à la Kunsthalle Basel, à La Grande Place – Musée du Cristal à Saint-Louis-lès-Bitche (en collaboration avec le CentrePompidou Metz), à la Synagogue de Delme, à la Galerie Thaddaeus Ropac à Paris et au CRAC Alsace. Elle a participé au 62ème Salon de Montrouge à Paris en 2017 et a été sélectionné pour différents programmes de résidences en France et à l’étranger.

Ces transferts photo sur plaque de plâtre représentent des vues du ciel capturées lors du dernier voyage de l’artiste au Yukon, état fédéral situé au nord ouest du Canada à la frontière avec l’Alaska. Dans cette région du globe, les paysages du Grand Nord sont durement frappés par le réchauffement climatique en raison notamment de la fonte du permafrost. Afin de témoigner de la fragilité de ces territoires, les photographies ont subi une exposition prolongée au soleil qui les a fait virer de couleur. Le support en plâtre révèle d’autant plus l’impermanence et la précarité de ces paysages. En travaillant principalement avec l’espace temps du vivant et en élaborant pour les matériaux qu’elle utilise des scénarios de l’ordre d’un « faire être » ou d’un « faire exister», Capucine Vandebrouck met à l’œuvre des formes distancées de l’immédiateté implorée par notre société. L’artiste conçoit des dispositifs qui sont comme des arrêts sur image, des incarnations transitoires d’une forme de temporalité. Le point de départ de l’acte créateur chez l’artiste se situe dans l’observation d’une matière, d’un processus, d’un phénomène ou d’un métabolisme qui va lui permettre d’entrer dans une compréhension plus intime du monde. Elle s’intéresse aux éléments naturels en tant que matériaux façonneurs de paysages ou de territoires, à la lumière comme un outil de révélation, et à toutes formes de reliques capables de susciter chez elle un émerveillement. La lenteur est de mise dans son processus de création.